La Ville de Barr, sous les mandats des maires G. BOSSERT et R. DIETZ (1871 à 1896)

par Philippe SCHULTZ

Synthèse "Die Stadt BARR" Dr. Fr. HECKER - 1911

A la suite du traité de Frankfort, l’Alsace et la Moselle devinrent des provinces impériales allemandes (Reichsland). Les anciens départements furent transformés en circonscriptions, les sous-préfectures en directions d’arrondissements (Kreisdirektionen) à la tête desquelles furent nommés des directeurs d’arrondissements (Kreisdirektoren). Les conseils municipaux des villages, villes de petite et moyenne taille, furent maintenus, les maires étant toutefois désignés par les directeurs d’arrondissements.

Le 24 septembre 1870, le maire Charles DIETZ démissionna. Il fut remplacé le 13 décembre 1870 par M. Gottfried BOSSERT, industriel, désigné par l’administration de l’arrondissement.

M. BOSSERT fut l’homme de la situation, au regard de la période délicate liée à la transition. Sa posture imposante, la position sociale qu’il occupait, son indépendance financière et son sens de l’humour lui permettaient, sans pour autant se déjuger, de traiter d’égal à égal avec la nouvelle administration. Il n’était pas facile, à l’époque, de trouver le ton adéquat. Lorsqu’un maire alsacien devenait trop intime avec les fonctionnaires allemands, ses compatriotes le considéraient comme un arriviste dénué de caractère. A l’inverse, s’il s’opposait aux nouveaux maîtres, cela nuisait à la commune, ce qui entrainait une accumulation des conflits.   

 

Au regard de la stagnation de l’économie provoquée par les années de guerre (1870-1870) et des sacrifices financiers consentis par la Ville de Barr, les initiatives d’envergure des collectivités devaient être abordées avec beaucoup de prudence. Néanmoins, le maire BOSSERT entreprit l’amélioration de la liaison entre la vielle-ville et la Vallée, plus particulièrement destinée au transport du bois entre le fond de la Vallée et le bourg. Cette voie est constituée de l’actuelle rue de l’Ile et rue de la Vallée, jusqu’au Holzplatz. Elle a remplacé des ruelles étroites et sinueuses qui, jusqu’alors, constituaient les seules voies carrossables menant à la Vallée.

Le second chantier important entrepris par M. BOSSERT fut, en 1876, la construction du collège.

 

En 1875, M. BOSSERT engagea la réfection de la place de la mairie. Celle-ci fut relevée et dotée d’un mur de soutènement, en limite de la rue (configuration telle qu’elle existait jusque dans les années 2010). La fontaine, construite en 1820, fut alors renouvelée.

M. BOSSERT démissionna de ses fonctions de maire en 1881 et fut alors remplacé par M. Richard DIETZ, mécanicien.

M. DIETZ, particulièrement compétent en matière de construction, mis ses compétences au profit de la Ville. Entrepreneur dans l’âme, il gérait la commune avec le même élan avec lequel il avait développé son entreprise, soutenu en cela par ses deux adjoints Auguste TAUFFLIEB, banquier, et Gustave DEGERMANN, tanneur, eux-mêmes impliqués dans des entreprises et habitués à des initiatives de développement.

Quatre grandes réalisations sont à mettre à l’actif du maire DIETZ : la construction de l’abattoir municipal, la construction du chemin de fer forestier, l’édification de l’école protestante (actuelle école des Vosges) ainsi que l’adduction d’eau (pose des canalisations permettant d’alimenter les particuliers depuis un réservoir de captage de sources).

Le chantier le plus important fut incontestablement celui de l’adduction d’eau. Le maire DIETZ consacra toutes ses forces et connaissances à l’installation des canalisations d’eau. Il existait à Barr un nombre important de puits, tant publics que privés. Si la population disposait ainsi d’une eau en quantité suffisante, il n’en était pas de même de sa qualité. Des infiltrations provenant de fosses d’aisance et de purins polluaient en effet l’eau, altérant ainsi sa potabilité, ce qui, régulièrement, provoquait des débuts d’épidémie du typhus.  

 

Le maire DIETZ se préoccupa longtemps, à titre privé, de la question de l’adduction d’eau et espérait ainsi améliorer tant sur le plan sanitaire qu’économique, la situation locale.

 

C’est le 20 septembre 1893 qu’il présenta au conseil municipal un rapport détaillé sur les avantages d’une telle installation. Par la même occasion, il énuméra les différentes sources naturelles qui étaient en mesure d’alimenter le nouveau réseau, ainsi qu’un état estimatif de son coût. Certains conseillers, propriétaires de roues à eau (dispositifs actionnant des machines par la force hydraulique), s’opposèrent au projet, prétextant que leurs installations risqueraient de perdre de leur puissance, en raison du manque d’eau qu’entrainerait le projet. 

 

Finalement, le projet fut adopté dans son principe et les études purent être poursuivies. Une commission fut créée, à laquelle participèrent six membres du conseil.

Le 27 septembre, cette commission, à laquelle s’était joint un ingénieur bâlois, se rendit en forêt barroise afin de visiter les sources proposées par le maire. Il s’agissait des sources Luttenbach, Sendelbach, Kaltenbronn et Schwarzenberg-Quelle. Une mesure permit de constater que ces sources débitaient, dans leur ensemble, 700 mètres cubes d’eau en 24 heures. Un réservoir d’une capacité de 1000 mètres cubes fut planifié le long de la route vers le Holzplatz, ce qui permit, compte tenu de la dénivelée, d’assurer une pression suffisante pour alimenter l’ensemble des édifices de la Ville.

Malgré quelques réticentes persistantes, les travaux furent finalement engagés à partir de 1895.

Richard DIETZ n’eut pas la chance de vivre la finalisation de son œuvre. Un matin, très tôt, une question soulevée par l’une des entreprises occupées par les travaux de pose de conduites, amena le maire à se rendre sur place. Vêtu légèrement, il prit froid et subit une infection pulmonaire qui lui fut fatale. Il mourut le 25 mai 1896.

Une foule considérable l’accompagna à sa dernière demeure. Les Barrois se souviendront longtemps encore de celui qui, à travers son engagement, leur apporta l’eau courante au sein de leurs maisons !   

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