La Grande Guerre à Barr (1914 - 1918)

par Christian SCHMITTHEISLER 

En 1914, la ville de Barr est une petite cité industrieuse avec un artisanat important, un commerce vivace et un domaine viticole en plein développement. Le train achemine de nombreux citadins en quête de calme, de verdure et de bonne chère, vers les établissements de bains, les restaurants, le Mont Sainte-Odile, la forêt et les châteaux environnants.


Cela fait plus de 40 ans que l’Alsace et la Lorraine sont annexées à l’Empire allemand et tout laisse supposer qu’avec le retour d’une certaine prospérité, le progrès technologique et social, les travaux réalisés par les municipalités successives pour le bien-être de la population (écoles, hôpital, adduction d’eau, éclairage au gaz, etc.), les habitants se sont peu à peu accommodés à cette situation et vivent dans une certaine insouciance.

 
Il subsiste bien un certain attachement à la France, la «Mère-patrie», que les cercles francophiles cultivent activement, mais la région est à peu près pacifiée, ou du moins résignée et relativement bien intégrée à l’espace allemand.

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Barr est alors une petite ville active et prospère 

La déclaration de guerre


Les événements devaient se précipiter avec l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de son épouse à Sarajevo le 28/06/1914.
Dès la fin du mois de juillet le maire en exercice, le Dr Hecker, prend des mesures pour constituer des stocks de nourriture et organiser l’hébergement des militaires qui se succéderont à Barr pour renforcer les lignes de défense des crêtes vosgiennes.


Toutes les salles de bal des restaurants, les gymnases, la salle paroissiale catholique et la grande salle de la mairie sont garnis de paille pour y héberger les hommes de troupe, tous ces locaux bénéficiant en outre de latrines et de l’eau courante. Les officiers seront, comme il est d’usage, logés à l’hôtel ou chez l’habitant.

La guerre est déclarée le 1er août 1914 et dès le lendemain, le maire ordonne à l’appariteur de placarder l’ordre de mobilisation générale dans les rues.

Au début du conflit, les Allemands bénéficient de l'avantage du nombre, mais doivent réserver une partie de leurs troupes au front de l'Est; l’équipement du soldat allemand est généralement meilleur que celui du soldat français, il est soutenu par de nombreuses mitrailleuses et par la meilleure artillerie lourde du monde. Ils partent au front le cœur joyeux, persuadés qu’ils seront de retour dans leurs foyers pour Noël.

Côté français, les poilus au nombre de 800 000 sont eux aussi persuadés que la victoire leur sera acquise rapidement oubliant dans leur enthousiasme que leur équipement est dépassé, leur fusil Lebel démodé et leur encadrement insuffisant en nombre et en qualité.

Les uniformes portés par les soldats français ressemblent singulièrement à ceux portés lors de la guerre de 1870 avec le fameux pantalon rouge garance. Il est porté non seulement par tradition, mais aussi pour être vu de loin par l’artillerie, et donc pour éviter les pertes par tirs amis.


Pour les Alsaciens et Lorrains, il en est tout autrement : la plupart sont enrôlés dans l’armée allemande et l’idée de devoir combattre les Français n’est pas de nature à les réjouir. Les autorités allemandes se montreront d’ailleurs méfiantes à leur égard et pour éviter les désertions, les enverront dans leur grande majorité combattre sur le front de l’Est.

Les mesures prises par le Dr Hecker s’avèrent rapidement efficaces. Les passages successifs de troupes se déroulent sans problème particulier et les autorités le félicitent pour l’organisation mise en place. Les premiers et seuls combats du secteur se déroulent au col de la Charbonnière dans la nuit du 20 au 21 août 1914.


Le régiment Saxon pend la route du Hohwald par la vallée de Barr. Arrivé à la Charbonnière, il est pris sous le feu des chasseurs alpins français en embuscade et un régiment de Bavarois qui lui tirait dans le dos par méprise.

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La frontière de 1871

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Les militaires allemands défilent dans la Grand-rue musique en tête

L'exil du Dr Hecker

Pour les Barrois, la vie en temps de guerre s’organise tant bien que mal. Certaines denrées de première nécessité commencent à être rationnées ou viennent à manquer, une part des récoltes est réquisitionnée pour subvenir aux besoins en nourriture de l’armée allemande. 
Les rapports entre la municipalité et les autorités de l’arrondissement sont de plus en plus tendus et le refus du maire Hecker de transmettre l’ordre d’incorporation à son fils lui attire des ennuis. Il est par ailleurs accusé d’avoir tenu des propos francophiles lors d’un voyage en train vers Strasbourg. En 1915, les autorités le contraignent à la démission et à l’exil : il passera la fin de la guerre d’abord à Munich puis s’établira à Würzburg jusqu’à la fin du conflit.

Le nouveau maire Gerst est nommé par les autorités : Alsacien de souche et blessé de guerre, il gère les affaires courantes avec compréhension et à la satisfaction du conseil municipal et de ses administrés.
Au fil des mois, les restrictions sont de plus en plus difficiles à supporter : des jours sans viande sont instaurés, des jours sans œufs... Les métaux sont récupérés, les cloches puis les tuyaux d’orgues sont réquisitionnés, tout vient à manquer.

Le marché noir et toutes sortes de fraudes à la nourriture se développent. L’usine à gaz reçoit de moins en moins de coke et doit réduire la fourniture de gaz.
Les prix augmentent sans cesse et des pauvres, de plus en plus nombreux se présentent à la soupe populaire qui avait été mise en place à l’hôpital par le Dr Hecker dès 1914.

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La réquisition campanaire en 1917

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Des soldats blessés en convalescence à Barr

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Corvée de lessive rue de la Kirneck

 

Les combats de la Charbonnière - Août 1914 

par Christian SCHMITTHEISLER 

A la mi-août, les Français progressent sur les hauteurs du Champ du Feu et les troupes allemandes en cantonnement à Barr creusent des retranchements dans le massif du Freiberg et érigent une barricade.
Le 19 août des Württembergeois arrivent à Barr et le 20, le 89e Bataillon de Landwehr saxonne : Ils avaient été amenés par chemin de fer de Saxe 24 heures durant et avaient débarqué à Strasbourg le matin du 20 août. Les 28 kilomètres de Strasbourg à Barr, sont effectués à pied et les soldats arrivent en notre ville vers 3 heures de l'après-midi absolument harassés.
Les hommes font une halte, prennent un peu de repos puis reprennent la direction du Hohwald par la route de la vallée.


Dans la nuit du 21, l’appariteur accompagné d’un jeune lieutenant allemand frappe à la porte du Maire.

A bout de forces, le jeune officier déclare en sanglotant : «Ah, M. le maire, c'est terrible, terrible. Nous avons été attirés dans un guet-apens et c'est un Allemand, un garde-forestier, qui nous a trahis. La moitié du bataillon a disparu, les amis sont morts, tous morts; les Français tiraient du haut des arbres et les nôtres nous tiraient dans le dos. Maintenant, je dois vous dire que les survivants reviennent sur Barr à travers la forêt, comme ils peuvent et il faudra leur trouver des logements».

Le maire Hecker tranquillise l’officier et s’occupe d’organiser l’accueil de la troupe défaite. Au petit matin, les premiers soldats blessés et épuisés arrivent à Barr ainsi que le Major Von Lowe qui se présente chez le Dr Hecker. Il souhaite joindre par téléphone son commandant de bataillon qui se trouve à Epfig auquel il déclare : «J'ai l'honneur d'annoncer à votre Excellence que je ramène le bataillon de la Charbonnière; nous sommes à Barr, le bataillon est décimé et impropre pour le moment à tout service (völlig gefechtsunfähig), Je suis chez le maire et attends vos ordres ultérieurs.»

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Les troupes allemandes se dirigent vers la vallée de Barr

Le lieutenant Seyfert


Entre temps les salles en ville se remplissent et les hommes qui avaient fourni une étape de 58 kilomètres se jettent sur la paille ne demandant que du repos. 
Peu après sept heures du matin, le 21, un lieutenant nommé Seyfert qui ne laisse paraître nulle trace de fatigue se présente à son tour :

«M. le maire, je suis nommé commandant de place à Barr; je logerai à l'hôtel de la Maison rouge où j'établirai aussi mes bureaux. Lorsque j'aurai besoin de vos bons offices je vous téléphonerai et nous nous entendrons certainement. Je croyais tomber en arrivant dans un chaos et à la place du désordre que je craignais, je trouve nos hommes rasés et soignés, nos officiers bien logés, je vous remercie très sincèrement.»


Puis il décrit les combats de la veille :
«Nous devions prendre position derrière la Charbonnière pour refouler les Français vers Belmont. Derrière le Kreuzweg nous rencontrons un garde-forestier auquel nous demandons s'il y avait des Français à proximité. Je n'ai vu personne, nous dit-il. Nous avançâmes sur la route, l'avant-garde devant, et lorsque nous arrivâmes en vue de la Charbonnière il faisait très sombre déjà. Tout était silencieux; nos éclaireurs ne signalaient rien de suspect. Tout à coup nous sommes assaillis du haut d'un mamelon à notre gauche par un feu roulant d'infanterie. Nous nous déployons, descendons de la route vers le petit vallon à notre gauche pour prendre d'assaut la hauteur d'où on tirait sur nous. Pendant cette entreprise voilà subitement un feu nourri qui nous assaille de la hauteur située à notre droite, derrière nous. Pris entre deux feux, décimés, nous battîmes en retraite, le reste vous le savez. Notre général, qui avait son quartier à Epfig vient de se tuer d'un coup de revolver dans la tête il y a une demi-heure. Maintenant, adieu, je vais me coucher et à onze heures je serai à mon bureau.»

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Les ruines de la maison forestière de la Charbonnière (Forsthaus Schirrgut) incendiée lors des combats.

L'arrivée des blessés

Le, 22 août, à neuf heures du soir, des blessés de la Charbonnière et des environs arrivent à Barr. Des chars à bœufs réquisitionnés dans les villages du Ban de la Roche les amènent au nombre de 150 environ, dont une vingtaine de Français. Les plus grièvement blessés sont amenés à l'hôpital, une centaine trouve place au lazaret du collège, et une vingtaine est logée chez des particuliers.

Parmi ces derniers, il y avait deux officiers, un capitaine français, Valade, d'un régiment lyonnais qui avait la cuisse fracassée et un lieutenant saxon qui avait la jambe traversée d'une balle.

 
Le docteur Wagner et le Dr Hecker soignent tous les blessés, assistés des sœurs et d'infirmières improvisées. Le surlendemain un médecin de Strasbourg vient prêter main-forte et le 27 août tous les blessés transportables sont évacués.

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Près de 150 blessés sont acheminés à Barr

Le garde-forestier Knoch

Le garde-forestier Knoch de la Charbonnière dont la maison forestière avait été incendiée, s'était relogé au village de Belmont. Il avait été le témoin des événements de la Charbonnière et en fit le récit au Dr Hecker :
«Des troupes bavaroises avaient creusé les tranchées et établi les épaulements que vous voyez sur la côte du mamelon en face. Pour une raison que j'ignore, ils les avaient évacués le 20 août dans la matinée pour se retirer vers le Champ-du-feu et durant toute la journée je ne vis passer personne, ni Français ni Allemands. A la tombée de la nuit je fis une tournée du côté du Kreuzweg et je rencontrai un bataillon de Saxons ; les chefs m'interrogèrent et je leur communiquai ce que je savais, c'est-à-dire qu'à la Charbonnière il n'y avait personne. Grande fut ma surprise lorsque j'entendis subitement un terrible feu d'infanterie; je me jetais dans la forêt pour revenir à la Charbonnière par les sentiers y conduisant depuis le Champ-du-feu et je constatai avec terreur que les Bavarois, qui étaient encore dans la maison forestière le matin, étaient accourus au bruit de la fusillade et croyant voir devant eux des Français, tiraient dans le dos des Saxons qui s'efforçaient de prendre d'assaut le mamelon fortifié par les Bavarois et que les chasseurs alpins, excessivement rusés et bien renseignés avaient occupé à la tombée de la nuit.»

Le Dr Hecker l'informa que les Saxons accusaient un garde-forestier de les avoir fait tomber dans un guet-apens.

Knoch lui répondit :

«Cette accusation est ridicule, ce qui est vrai c'est que les alpins connaissent la guerre de montagnes sur le bout des doigts, tandis que les autres n'y entendaient rien et se laissent surprendre comme des nigauds. Alors ils voient partout des traîtres. L'échauffourée terminée, les Français disparurent comme par enchantement.»

 

Le bataillon saxon qui avait été malmené à la Charbonnière avait perdu plus de la moitié de son effectif. Les compagnies furent reformées avec les hommes restants et, le 22 août au soir elles se dirigèrent à nouveau vers la montagne pour reprendre contact avec l'ennemi. Le lieutenant Seyfert resta à Barr avec les éclopés encore quelques jours et, lorsque ceux-ci furent partis, il quitta à son tour.

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Les soldats du 11e Bataillon de Chasseurs Alpins, des hommes rusés et bien entraînés, ont piégé les allemands

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Le Dr Hecker enquête

Pour donner une image complète de ce que fut cette affaire de la Charbonnière, le seul combat qui eut lieu dans nos parages immédiats, je voudrais communiquer au lecteur le résultat d'une enquête que je fis sur les lieux mêmes, pour tâcher de savoir exactement comment s'était passée cette affaire énigmatique. 
Le lundi, 7 septembre, je me fis conduire en automobile par le Welschbruch, le Hohwald et le Kreuzweg à la Charbonnière. La maison forestière était détruite par le feu, les beaux sapins qui l'entouraient étaient coupés à hauteur de poitrine sur une grande étendue. A mi-côte du mamelon situé au sud de la maison, l'entourant en demi-cercle, couraient deux rangées de retranchements qui dominaient la route venant du Hohwald. Des débris d'équipements jonchaient le sol, quelques tombes où une trentaine de chasseurs alpins et de soldats saxons avaient trouvé leur sépulture dressaient leurs croix de bois. Les décharges d'artillerie roulaient de l'autre côté des montagnes en un tonnerre ininterrompu. 

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La maison forestière est détruite et toute la zone est dévastée.

Sources : Extrait du manuscrit inédit des Mémoires du Dr Hecker intitulé «En Exil 1914 - 1918 » et publié par la Journal de Barr.

Historique du 11e bataillon de chasseurs alpins

Les Vosges - 1914

Le 11e Bataillon de Chasseurs était aux manœuvres alpines quand retentit l'appel aux armes. Oubliant la fatigue, doublant les étapes, il rentre précipitamment et le 4 Août, sous les ordres du Commandant Augerd, nos rudes montagnards de Savoie et des Cévennes, disant adieu à Annecy, à son lac tranquille, à ses sommets neigeux, à sa population hospitalière, s'embarquaient au chant de la Sidi-Brahim.
Troupe d'élite, le Bataillon avait sa place en première ligne. Débarqué à Epinal, il relevait, dès le 9 Août, le 158e de ligne au Col du Bonhomme. Quatre jours après il passait à l'offensive, et, avant-garde de quatre Bataillons Alpins descendant sur Orbey, il se heurtait le 13 Août à l'ennemi retranché sur la ligne Immerling-Calvaire du Lac Blanc.
Glorieux baptême !

Les 3e et 5e Compagnies entraînées par leurs capitaines, culbutent l'ennemi après trois assauts répétés, s'emparent de prisonniers et ne s'arrêtent que sur le sommet de l'Immerling.
Ramené dans la nuit au Col du Bonhomme, le Bataillon qui dans son premier combat a eu la douleur de perdre le capitaine Promonet, les Sous-Lieutenants Rabaud et Cuzin, les Adjudants Bidegain et Fabrat, reste en réserve jusqu'au 15 Août. Cent cinquante Sous-Officiers, Caporaux et Chasseurs ont été mis hors de combat.

 

Le 17 Août, après 48 heures de repos à Fraize, le 11e franchit le Col d'Urbeis, en direction du Champ de Feu avec mission de relier deux colonnes entrant de nouveau en Alsace ; il s'installe en bivouac et se couvre par la 4e Compagnie.
Tout à coup, celle-ci violemment attaquée doit reculer en combattant.
Les autres unités s'engagent pour se porter à son secours et après une lutte opiniâtre, les Chasseurs, qui ne savent pas abandonner le terrain conquis, restent définitivement maîtres du Col des Charbonnières.
Après un court cantonnement au village de Bellefosse, on se reporte à Charbonnières où se trouve déjà le 14e Bataillon.

Le 20 Août, l'ennemi attaque. Le mur que forme devant nous le Bataillon du Dauphiné résiste victorieusement, mais les mitrailleuses font brèche dans nos lignes et à la nuit, les allemands s'infiltrent ça et là. Bientôt, un bruit lugubre qui consterne les hommes, court d'escouade en escouade : un chef aimé, le Capitaine Larchey est mort !
Et puis, tout de suite, un ordre : « Le Bataillon est cerné ; il faut percer ». Maintenant, sous les sapins noirs de la forêt profonde c'est la mêlée ! Ils sont tous passés en effet ; terribles, fous de rage, éclaboussés de sang, ces sublimes Chasseurs qui ne se rendent pas. A l'aube, sans autres manquants que leurs glorieux tués, ils sont regroupés dans les environs de Saint-Blaise, où leurs frères vosgiens viennent d'arracher un drapeau ! Le 21 Août, dans l'après-midi, le Bataillon va bivouaquer au Grand Ahlan, et y passe la nuit suivante.
Mais l'ennemi reprend une offensive vigoureuse. Ayant atteint le Col d'Urbeis, il progresse à présent vers Saales, menaçant de couper la retraite du 14e corps d'Armée. Il nous faut une arrière-garde sacrifiée et résolue. On choisit trois beaux Bataillons : les 7e, 11e et 14e Alpins.
Se contenteront-ils de tenir ? Non, ils chargeront ! Le 11e a pour objectif une crête boisée au delà d'un terrain découvert assez vaste et coupé seulement de genêts rabougris. Le village de Stampoumont et cette « Crête des Genêts » sont enlevés d'un bond par la 6e Compagnie et la 3e que, depuis la mort de son Capitaine, le Lieutenant Doyen conduit.
Nous avons été soutenus par la batterie de montagne que commande admirablement le Capitaine Popot. Le résultat n'est pas complet ; on se prépare à repartir quand on voit l'ennemi, inquiet du mordant de nos troupes s'enfuir sous les bois abandonnant ses morts. Mais nos pertes ont été cruelles : le tiers de l'effectif des unités d'attaque a été mis hors de combat.

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Citation collective décernée à la Section de Mitrailleuses du 14e BCA

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Le chasseur Jean-Baptiste FOREST tué à l'ennemi au Champ du Feu le 20 août 1914 

Les soldats français ont payé un lourd tribut lors des combats de la Charbonnière et du Champ du Feu.

Nous avons établi une liste non exhaustives des pertes en vies humaines du 18 au 20 août 1914.

11e Bataillon de Chasseurs Alpins

- Soldat ARPIN François

- Soldat BERTHOLLET Joseph

- Soldat BESSE Etienne

- Soldat BILLAUD Antoine

- Soldat BLANQUET Jean Baptiste

- Soldat BORSIER Charles

- Soldat CALOMINE Jean

- Soldat CASSIER Henri

- Caporal COEN Ernest

- Sergent COURTECUISSE

- Soldat DENIS Charles

- Soldat DERAILClaudius

- Soldat DUCH Pierre

- Soldat FONTAINE Alcide

- Soldat GUILLE Jean Baptiste

- Soldat LAFARGE Antonin

- Soldat LARCHEY Maurice

- Soldat MERMET Théodore

- Soldat NOVEL Emile

- Capitaine PROMONET Joseph

- Soldat REGAT Ambroise

- Soldat THIOLLAY Marie François

14e Bataillon de Chasseurs Alpins

- Soldat ACCARION Jean Joseph Soldat
- Soldat BONNEAU Michel
- Sergent CHABRE Gustave
- Soldat CHARBY Lucien
- Soldat COLIN Paul
- Soldat FABRE Louis
- Soldat FOREST Jean-Baptiste
- Soldat LAFAY Henry
- Soldat MICHEL Hubert
- Soldat OTTOMANI Don Pierre
- Soldat PANSIER Marius
- Soldat ROUVIERE Louis
- Soldat VIALA Sylvain
- Soldat VIENNOT Georges

1er Régiment d’artillerie de Montagne
- Soldat BUSSOZ Alfred
- Cannonier GRIMONET Adolphe

99e Régiment d'infanterie
- Sergent CHIRAT Simon
- Soldat CHOMEL Pierre
- Caporal DUPRAZ Syvestre
- Soldat GROLLIER Eugène
- Soldat LEBRAT Charles
- Soldat PAYAN Alphonse
- Caporal PREVEL Jean Baptiste
- Soldat RIVOIRE Alexandre
- Soldat ROLLAND Jean Marie

9e Régiment de Hussards

- Brigadier AVRILLON Albert

Une Batterie d'artillerie de montagne dans les Vosges

Sources :  

Historique des 11e et 14e Bataillons de Chasseurs Alpins

Journal de marche du 11e Bataillon de Chasseurs Alpins

Mémoire des Hommes

 
 

L’affaire des fusillés de Gertwiller

par Christian SCHMITTHEISLER 

Les événéments de la Chabonnière ont eu de tristes conséquences !

Le dimanche, 23 août, dans la matinée le Dr Hecker apprend qu'une patrouille de soldats avait amené trois espions au bureau du lieutenant Seyfert à l'hôtel de la Maison Rouge. Il s’y rend et trouve l'officier Seyfert avec devant lui, debout, trois hommes, l'un un vieillard, l'autre âgé d'environ 65 ans, le troisième dans la force de l'âge, les bras liés derrière le dos, le torse entouré de cordes; ils étaient défaits, nu-tête et en sabots.


L’officier déclare qu'ils devaient avoir fait des signaux à l'artillerie française; pour le reste il ignorait tout d'eux devait ces indications aux soldats de l'escorte.


Les trois hommes nient les faits qui leur sont reprochés. Ils ne parlent que français et ont des difficultés à s’exprimer mais tout semble indiquer qu’ils sont innocents. Le Dr Hecker fait remarquer à l’officier qu’on ne pouvait laisser ces malheureux ainsi et il s’engage à les transférer à la prison où ils resteront sous bonne garde pendant la durée de l’enquête.
 

Une justice expéditive

Tranquillisé quant au sort de ces trois hommes, il rentre déjeuner mais dès son retour à la mairie en début d’après-midi, le garde-champêtre vient à sa rencontre et lui remet trois paires de menottes.
Celui-ci déclare :

«A peine aviez-vous quitté, M. le maire, que des soldats arrivèrent au corps de garde de la mairie nous enjoignant de les conduire au local où se trouvaient les trois espions. Je les menai à la prison et là ils signifièrent au gardien de leur remettre les prisonniers après leur avoir mis les menottes; puis, ils me sommèrent de leur montrer le chemin de Gertwiller ce que je fis. Arrivés vers la grand-route à l'issue du chemin de Strasbourg je vis dans les champs un groupe de soldats et, supposant ce qui allait se passer, je déclarais à l'escorte que je n'irai pas plus loin, ne voulant pas assister à ce que je prévoyais. Ils me dirent d'attendre leur retour et conduisirent les trois victimes dans la direction du champ où étaient rassemblés les militaires. Peu après j'entendis quelques détonations et, au bout d'un quart d'heure, les soldats avec lesquels j'étais venu me rejoignirent, me déclarant que les espions venaient d'être fusillés et enfouis là où on les avait exécutés et me donnèrent les menottes avec l'ordre de vous les remettre.»


A l'audition de cet effroyable récit le Dr Hecker court chez le lieutenant Seyfert, qui assis à sa table, sirote son café et fume un gros cigare.


Tremblant d'émotion il lui demande si réellement l'exécution des trois hommes de Belmont était vraie. 
«Oui, dit-il, tout à fait vraie.» 
«Mais, comment cela est-il possible? Il y a quelques peu d'heures vous me disiez de ne pas connaître exactement le crime pour lequel on les avait arrêtés et maintenant, là, sans pièces écrites, sans jugement, on les fusille !» 
«Que voulez-vous, dit-il placidement, c'est la guerre. M. le maire, je n'ai pas plus de renseignements sur leur compte maintenant que ce matin, mais, à midi on m'a téléphoné d'un endroit de la vallée de la Bruche que les trois espions amenés ici de Belmont avaient été pris en flagrant délit de commerce avec l'ennemi et qu'il fallait les fusiller. Je suis soldat, je n'ai pas à discuter les ordres qu'on me donne, je n'ai qu'à les exécuter et c'est ce que je fis. »
Il n'y avait plus rien à répondre à cet argument…

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L'inauguration de la plaque commémorative le 15 avril 1923

1923 - 15 avril Inaugraution plaque comm

La visite du facteur Morel

Le lendemain, lundi, le Dr Hecker reçoit la visite d'un facteur à la poste nommé Morel qui était du Ban de la Roche. 
«M. le Maire, dit-il, j'ai bien hésité avant de venir vous trouver, mais ma conscience ne me laisse pas de repos; c'est à propos des trois hommes fusillés hier qu'il faut que je vous parle. Je les connais, c'est une chose affreuse. L'un c'est Hazemann l'ancien garde particulier de la Charbonnière du temps où la forêt était encore propriété privée. Il possède maintenant une ferme à Belmont, il est membre du Conseil Municipal et du Consistoire, c'est le plus brave homme du monde; les deux autres sont un fermier et un domestique, mais ni l'un ni l'autre de ces gens n'est capable d'une mauvaise action. Ils ont été tués et sont aussi innocents que vous et moi, je vous le jure.» 
«Mais, malheureux, réplique le Maire, pourquoi n'êtes-vous pas venu me prévenir hier matin déjà; si j'avais su ce que vous venez de me dire, j'aurais certainement pu faire surseoir à l'exécution, le lieutenant n'eût pas été insensible à des arguments aussi importants.» 
«Voilà tout juste ce qui me tourmente,
dit-il. M. le maire c'est ma lâcheté; je pensais venir vous trouver de suite, mais je suis tellement terrorisé par mes collègues allemands à la poste que je n'ai presque plus le courage de respirer. Du matin au soir on me traite de sale Welche, de traître français, alors voilà, j'avais peur et j'ai hésité, et maintenant le mal est fait.» 
«Effectivement, répond le Dr Hecker, le mal est sans remède, rentrez chez vous, je vous remercie quand même de vos informations, elles pourront me servir, sinon pour le moment, mais plus tard peut-être.»

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L'enquête des autorités

M. de Heeren, le directeur de l'arrondissement de Molsheim, ouvrit une enquête au sujet de l'exécution des trois hommes de Belmont qui étaient de ses administrés. 
Le dossier fut remis entre les mains du Dr Hecker le 11 novembre 1914, qui devait y ajouter sa déposition par écrit. Le premier document du dossier était un décret de l'état-major de la division qui établissait qu'il n'existait ni jugement d'une cour martiale ni d'un conseil de guerre concernant Hazemann et consorts. 
Ainsi, ces malheureux avaient été tout bonnement assassinés sans jugement, abattus sur l'invitation téléphonique d'un gendarme, dont on ignorait jusqu'au nom ! 

Sur le mur de soutènement devant l'église protestante de Gertwiller est apposée une plaque commémorative indiquant:

 
ICI à GERTWILLER, LE 22 AOUT 1914, FURENT FUSILLES CONTRE TOUTE JUSTICE TROIS FERMIERS ALSACIENS:

EMILE HAZEMANN DE BELMONT,

AUGUSTE ROCHEL DE BELLEFOSSE,

XAVIER FRANTZ DE STEIGE

victimes innocentes de la barbarie allemande.

Alsaciens ! Souvenez-vous !

 

On a su plus tard que Hazemann avait été pris pour un espion parce qu'il ramenait à la nuit tombante du bétail, tenant une lanterne à la main. Rochel s'était déplacé pour chercher du pain, une serviette blanche à la main. On suspectait ces hommes d'avoir fait des signaux aux troupes françaises. Ne parlant pas allemand, ils ne purent s'expliquer. 
Par la suite, les autorités allemandes reconnurent l'innocence des suppliciés dont les corps reposent au cimetière de Bellefosse.

 

Sources : Extrait du manuscrit inédit des Mémoires du Dr Hecker intitulé 
«En Exil 1914 - 1918 » et publié par la Journal de Barr. 

Réquisition campanaire 1917

Par ordonnance du 1er mars 1917, certaines cloches d'églises sont saisies par l'Empire allemand, en vue de les envoyer dans les fonderies de canons de Francfort.

 

C'est ce qu'on appela la réquisition campanaire.

Les cloches sont donc déposées des clochers et rassemblées à la gare de Barr, où elles rejoignent celles des villages alentours.

Fort heureusement, nos cloches seront préservées et finiront pas reprendre leur place après le conflit. 

 
 

Barr dans la tourmente, novembre 1918
Une affaire qui aurait pu tourner au 
drame...

par Philippe SCHULTZ

Résumé : La guerre s'achève. Les Allemands, sur le point de quitter BARR, se rendent compte de vols commis dans divers entrepôts militaires. Ils somment les élus Barrois à les dédommager, sous peine d'exécution d'otages, au sein de la population...

La guerre touche à sa fin. Afin de préserver l’ordre dans la Ville, le conseil municipal crée, le 8 novembre 1918, une garde citoyenne (Bürgerwehr) de 58 Barrois, sous les ordres de l’adjoint WEIL. Elle devra collaborer étroitement avec les pompiers commandés par Auguste DIETZ (Branddirektor). En cas de besoin, la garde citoyenne est alertée par la cloche de la mairie. Le service de nuit est assuré par le veilleur de nuit ainsi que 6 pompiers. Une surveillance policière est mise en place à la gare, à l’arrivée des trains. Il s’agit d’éviter tout débordement.


Le 13 novembre 1918, un officier allemand stationné à Obernai (Mobilen Etappen-Kommandatur 173) se présente à la mairie, accompagné d’un membre du conseil des soldats (Soldatenrat), organisation issue des mouvements révolutionnaires qui se créent au sein de l’armée allemande, depuis début novembre. Ils informent le Regierungskommisar GERST, commissaire du gouvernement faisant fonction de maire, qu’il est exigé de la Ville de Barr un dédommagement de 15.000 Marks, suite à des vols qui auraient été commis récemment par des Barrois et des soldats alsaciens libérés. Ces faits seraient survenus au sein d’un entrepôt militaire de provisions alimentaires proche de la gare. Au cas où ce dédommagement ne devait pas être assuré dans un délai de 24 heures, des Barrois seraient pris en otages et risqueraient d’être fusillés !  


Un conseil municipal extraordinaire est convoqué le lendemain, 14 novembre, en présence des militaires allemands, d’un membre du conseil des soldats ainsi que d’un représentant de la justice militaire. GERST précise d’emblée que l’affaire tourne autour de deux faits distincts, le premier au sein du lazaret (hôpital militaire), implanté au sein de l’école protestante, le second dans un entrepôt proche de la gare.


S’agissant de l’école protestante, GERST précise que ce sont des soldats allemands qui, dans le contexte de délabrement de l’armée, ont eux-mêmes pris possession des biens en question. Ces faits ont immédiatement entrainé une intervention des conseillers municipaux PONTON, LEDIG et OBERLE qui ont tenté de dissuader les pilleurs. Le conseiller PONTON a, en la circonstance, subi un tir de revolver dans l’épaule ainsi qu’un coup de poignard à la tête. Deux soldats, dont l’auteur de l’agression, ont, par la suite, été arrêtés par des membres de la garde citoyenne assistée de pompiers, puis transférés au poste de Police.


Quant aux vols survenus près de la gare, GERST estime qu’ils ne sont que la conséquence des méfaits commis au lazaret de l’école protestante. Selon GERST, la responsabilité des vols, par les soldats eux-mêmes, incombe principalement à l’inspecteur militaire chargé du site qui, au moment des faits, n’a pas exercé son autorité, dormant paisiblement dans son lit !

 

L’adjoint WEIL informe l’assemblée des agissements qu’il a constatés, dès le 11 novembre. En arrivant à l’école protestante, accompagné du médecin-chef militaire allemand afin de convenir du devenir des biens qui y étaient stockés, il constate qu’un grand nombre de Barrois sortent du bâtiment, chargés de denrées et objets divers. En interpelant ces personnes, il apprend que des soldats allemands ont décidé de vendre les stocks, ce qui explique leur présence. Les deux hommes n’ont alors pas les moyens de faire cesser ces agissements.  


Le conseiller BOSSERT informe que le même jour, il a lui-même constaté que les militaires affectés à l’entrepôt de l’école protestante étaient tous en état d’ébriété avancé ! Aucune discipline n’y régnait plus. Plusieurs conseillers, dont le Dr WAGNER et M. HERING, confirment ces propos et témoignent à leur tour. Il en ressort notamment qu’à Eichhoffen, un officier allemand aurait distribué gratuitement des denrées alimentaires aux habitants, prétextant qu’il valait mieux que ces dernières leur reviennent, plutôt que de tomber dans les mains des Français !

Enfin, le conseiller MOISE développe un long et remarquable plaidoyer qu’il conclut par ces mots adressés aux Allemands : «Messieurs, vous êtes tous clairvoyants et comprendrez certainement qu’en de telles circonstances, vous ne pouvez nous exiger un quelconque dédommagement.../... Au regard des conditions de l’armistice, vous êtes tenus de quitter le pays. Agissez en sorte que nous nous séparions en amis et dans l’honneur!» 


Le représentant de la justice militaire allemande, après avoir écouté les témoignages et arguments développés, reconnait que, pour le moins, ces derniers diffèrent de ceux qui lui avaient été initialement rapportés. Il suspend immédiatement le sort des 8 otages, tout en informant le conseil municipal qu’il retourne à Obernai, afin d’en délibérer. Il conclut à l’attention du représentant du conseil des soldats, que les propos tenus par ses membres ont visiblement été dévoyés de la réalité. Si la preuve en était apportée, il souhaite, dès à présent, que les militaires allemands se séparent pacifiquement des Barrois, d’autant que leurs relations ont, durant toute la guerre, été des plus cordiales.


L’affaire ne connaitra, bien heureusement, pas d’autre suite...


Le 18 novembre 1918, à 11h, le conseil municipal se réunit à nouveau.

De retour à Barr depuis peu, le Dr Frédéric HECKER est unanimement réélu maire de la Ville de Barr, après avoir quitté ces fonctions, le 24 juin 1915, pour s’exiler en Suisse. Vers midi, le nouveau maire fait pavoiser la mairie aux couleurs françaises, tandis que sonnent les cloches de l’église protestante. Vers 12h30, les deux premiers officiers français entrent dans Barr.

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Dr Frédéric HECKER, maire de Barr

(Sources : Die lokalhistorischen Gemeinderatssitzungen vom 10., 14. und 18. November 1918 – Auszug aus dem Protokollbuch der Stadt Barr – imprimerie Journal de Barr)

 

L'armistice du 11 novembre 1918 ...
et l'accueil triomphal des troupes françaises

par Christian SCHMITTHEISLER 

L'armistice

Le 11 novembre 1918, les Barrois jettent les bustes de Guillaume II et de l’impératrice, après les avoir barbouillés de confiture, dans la Kirneck, depuis le pont de la Couronne.
 

Le 13 novembre, le Maire Gerst doit encore régler une sombre affaire de pillage des entrepôts de la gare et de l’école protestante avec les militaires allemands aux aguets.
L’affaire aurait très mal pu tourner sans son intervention et les enquêtes menées par ses adjoints ont pu démontrer que c’étaient les militaires en cantonnement à Barr qui avaient eux-mêmes organisé le pillage et la vente des denrées disparues.

Dès la fin des hostilités, le Docteur Hecker rentre à Barr et la population lui réserve un accueil triomphal. Il remercie le Maire Gerst pour sa gestion et dès le 18 novembre, il organise l’arrivée et l’accueil des troupes du 248e régiment d’infanterie du Général Jacquemot.

Le 18 novembre les cloches et le crieur public annoncent l'arrivée des troupes françaises dans notre cité.

 

Voici ce qu’écrivait le Journal de Barr dans son édition du 23 novembre 1918 :

 

L'arrivée des troupes françaises

Le lundi, 18 novembre, vers 11h, des autos américaines s'arrêtèrent devant la Maison-Rouge et déposèrent un caporal français, le premier Français qui ait mis pied à terre à Barr. Ils furent immédiatement entourés par les voisins et on leur souhaita chaleureusement la bienvenue. D'autres autos suivirent à courts intervalles, et les officiers en descendirent, allèrent les uns prendre possession de la poste, les autres remplir des formalités à la mairie et faire les cantonnements. A la grande joie de tout le monde ils annoncèrent l'arrivée des troupes, venant de Villé, pour le courant de l'après-midi. 

 

Entre temps, le conseil municipal s'était réuni en séance extraordinaire et avait proclamé maire le Dr Hecker, revenu depuis trois jours d'un exil de quarante et un mois. 

On décida alors avec les officiers présents que la réception officielle aurait lieu à l'entrée de la rue de la Gare. 

 

Dès 2 heures notre compagnie de pompiers qui avait arboré ses uniformes prohibés depuis quarante ans, se rendit sur place pour organiser le service d'ordre, et bientôt toute l'avenue de la Gare était remplie d'une foule compacte. 

 

Vers 3h30 une trompe d'auto annonça l'arrivée du général de division Jacquemot accompagné de son chef d'état-major, le lieutenant-colonel Blaison. Notre maire leur souhaita la bienvenue. Comme les troupes venant de Villé devaient passer par le Kreuzweg, Hohwald et Andlau, leur arrivée à Barr ne pouvait être attendue que vers 5h. 

 

Lorsque les sons des clairons annoncèrent enfin l'arrivée du régiment un mouvement d'enthousiasme indescriptible s'empare de la foule, et c'est aux cris de: «Vive la France! Vive l'armée française !» que nos braves libérateurs furent reçus. La musique du régiment attaqua la Marseillaise que les assistants découverts écoutèrent avec recueillement. L'enthousiasme se traduisit par des acclamations qui ne voulaient plus cesser. 

 

L'allocution du Dr Hecker, maire

Notre maire prononça alors l'allocution suivante: 
 

"Mon Général, Messieurs, 
Au nom de la Ville de Barr je vous souhaite la bienvenue au milieu de nous. Vous ne venez pas chez nous comme des étrangers respectés que l'on reçoit avec courtoisie mais comme nos frères, comme les fils de notre mère chérie, la belle et douce France, et nous posons dans votre main notre main fraternelle. 

Mais vous arrivez ici à un titre infiniment plus glorieux encore! Vous êtes les héros libérateurs, les admirables soldats de la Marne, de Verdun, de l'Yser, de la Somme, vous êtes les vainqueurs de la gigantesque bataille qui s'est déroulée d'Ostende jusqu'à Verdun et vous avez abattu l'ennemi le plus formidable qui ait jamais déchaîné ses fureurs sur l'humanité. 

Et nous, quand nous vîmes vos victoires, nous tressaillîmes de joie, car nous sûmes que pour l'Alsace l'aurore de la liberté s'était levée, et que pour nos oppresseurs l'heure de l'expiation avait sonné, l'heure solennelle à laquelle passe l'inexorable destin. 

Et maintenant que vous avez fait tomber nos chaînes et que par vos exploits nous sommes rentrés dans le giron de notre chère mère jadis perdue, nous vous crions du fond de nos cœurs: Merci, merci, merci! 

Pour donner une expression énergique à notre gratitude, je vous prie, vous les habitants de Barr qui m'entourez en foule, de pousser avec moi un formidable cri de : Vive la France !" 

 

Là-dessus le colonel Marchand fit défiler devant le général divisionnaire et la municipalité, son 248e régiment, drapeau flottant en tête, aux sons de Sambre-et­-Meuse, ce qui porta l'enthousiasme au paroxysme. Les acclamations couvraient parfois la musique.

 

Le défilé à travers la foule entassée était splendide, et ni les fatigues de la guerre ni la longue étape n'avaient porté atteinte à la marche légère et élastique, propre au soldat français. 

Le régiment entra dans la ville, richement pavoisée, escorté de sa belle musique, et fut reçu sur tout son parcours par des acclamations frénétiques. 

Quelle émotion et que de larmes de joie versées, en particulier par ceux qui ont connu les bons vieux temps! Nos vétérans de la Crimée, d'Italie et de 1870-71, dont les rangs commencent à être clairsemés, se sont fait un point d'honneur d'arborer leurs décorations pour assister à la réception. 

Comme le général nous l'a dit plus tard, à sa division avait été accordé l'honneur de pénétrer la première dans notre région, attendu qu'elle n'était composée que de troupes ayant fourni des prodiges de bravoure sur les champs de bataille.

Parmi elles il a désigné spécialement pour venir à Barr le 248e régiment, composé essentiellement de Bretons. Sa division ne venait pas, comme on serait porté à le croire, du front relativement tranquille des Vosges, mais elle avait été appelée spécialement dans ce but, des champs de bataille de l'Oise où elle avait pris une grande part au refoulement de l’ennemi dans la direction de Montdidier-Saint-Quentin. 

On a beaucoup remarqué la bonne mine et la tenue irréprochable de la troupe.

 

La réception officielle à la Mairie 


Dans l'après-midi de mercredi la musique du régiment a joué sur la place de la Mairie, et la foule compacte des auditeurs n'a pas ménagé les applaudissements bien mérités. 

A 3h il y eut une réception solennelle des officiers par la municipalité, dans la grande salle de la mairie. Pour donner plus d'animation à la fête, le conseil municipal avait lancé des invitations aux dames, et un essaim de jeunes filles en costume alsacien servit le vin d'honneur. Le maire salua nos hôtes en ces termes: 

 

"Mon Général, Messieurs, 

La bienvenue que j'ai eu l'honneur de vous souhaiter avant-hier, je la réitère, je l'élargis même de toute la sympathie que les dames de Barr, ici présentes, m'ont chargé de vous exprimer en leur nom, nos vaillantes femmes et filles qui ont, dans leur Société des Annales, maintenu le glorieux palladium de la langue et de la pensée française et dont l'une a payé de quarante et un mois d'exil son dévouement à la cause sacrée du souvenir. 

Plus pourtant que toutes les paroles, la réception que notre population vous a faite vous a prouvé la joie débordante des Barrois de vous voir au milieu d'eux, et j'ai lieu de croire que ni vous, Messieurs, ni vos hommes, n'avez pu remarquer, depuis les trois jours de votre présence, une diminution de l'enthousiasme général. 

Quand l'Alsacien reçoit chez lui des visites, il est d'antique coutume de leur offrir un verre de vin, jamais un habitant du vignoble d'Alsace n'a laissé sortir un ami de sa maison sans avoir trinqué avec lui, donc nous ne pouvions, ni ne voulions déroger au vieil usage. Car, depuis les sept siècles qu'existe notre Hôtel de Ville il n'a reçu dans son enceinte de plus admirables amis que vous, Messieurs, qui avez risqué votre vie, vos biens, l'existence même de la France pour nous délivrer du joug odieux qui pesait sur nous. 

Permettez-moi, chers et vaillants amis, de vous remettre, à titre de souvenir reconnaissant, ce tableau. Le cuirassier qu'il représente occupait dans ma maison la place d'honneur. Il y montait la garde en effigie, en attendant le jour béni auquel il serait remplacé par un Français vivant. 
Vous êtes venus, Messieurs, le cuirassier a fini son service, je l'offre à votre général. Veuillez l'accepter, mon général, en souvenir de vos frères d'Alsace. 

Je bois à l'armée ! Vive la France !" 


Une petite sauterie très animée, charmante par le mélange harmonieux du costume alsacien avec l'uniforme français termina la réception officielle. La musique de Barr, reconstituée en toute hâte, avait fait une petite ovation pendant le déjeuner du général et de son état-major, auquel étaient invitées les sommités de la ville. Le soir, une retraite aux flambeaux très réussie fit jaillir une fois de plus l'enthousiasme indescriptible des Barrois. Des manifestations eurent lieu sur le parcours, spécialement devant le cantonnement du général, qui était descendu à la villa Simon et devant l'habitation de M. le Maire. 

Ainsi prit fin la réception brillante qui restera gravée dans la mémoire de tous ceux qui on pu y prendre part. Ces manifestations ont donné l'image du résultat qu'aurait obtenu un plébiscite à Barr.

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Les Barrois jettent le buste de l'empereur dans la Kirneck

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L'état-major français s'installe à la villa Simon rue du Bitzen qui prendra dès 1919 le nom du Général Vandenberg

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Photographie du Général de Division Charles Auguste Jules JACQUEMOT. ( 1869 – 1931 ).

Il fut nommé Général de Brigade en 1917, puis Général de Division en 1923, puis Commandant de Région en 1930.

Il était Grand Croix de la Légion d’Honneur.

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Les Barroises en costume régional arborent une cocarde tricolore sur leur coiffe.

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Des soldats français en promenade rue des bouchers

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Le drapeau tricolore flotte à nouveau sur l'hôtel de ville et les soldats français montent la garde.

Les troupes françaises défilent à Barr

Sources : Historique du 248e régiment d'infanterie - Journal de Barr

 

1919 Le retour à la France

Le Général Charles Alexis VANDENBERG
(1858-1942)

Le séjour de Charles Alexis Vandenberg dans notre cité qui coïncide avec la fin de la Grande Guerre et de 47 années d'annexion, a marqué les esprits.

 

Sa prestance, son charisme et son humanité ont conquis l’estime de la population à un point tel que la rue de la Poste (ou Bitzenweg) où il avait résidé pendant 10 mois fut nommée en son honneur «rue du Général Vandenberg» dès 1919 (pendant l'occupation de 1939 à 1945, elle s'appela brièvement «rue Martin Feuerstein»).

Né à Antibes le 20 janvier 1858 c'est un officier français de carrière, Général de division commandant de corps d'armée, Grand-croix de la Légion d'honneur.


Il est fils d' Alexis Pascal Vandenberg (1827-1900) capitaine au 74e régiment d'infanterie de Ligne à Phalsbourg et de Virginie, fille de Jean-Baptiste Roubion, maître d'hôtel d'Antibes.


Il épouse en 1891 Ellen Timmerman (1867-1903), fille de Felix (1840-1900) et de Mathilda Drake.

Il s'est distingué au cours de campagnes militaires en Afrique du Nord et au Tonkin, ainsi que pendant la Première Guerre mondiale.
 

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Charles Alexis Vandenberg

Grand Croix de la Légion d'Honneur

Ses études et sa carrière

Après ses études au lycée à Chambéry et Rouen, Vandenberg entre en 1876 à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr (Promotion Plewna). Il commence sa carrière militaire comme sous-lieutenant en 1878, pour terminer en tant que colonel en 1913. En 1892, le général Cailliot, commandant du 10ème Corps d'Armée, lui remet l'insigne de chevalier de la Légion d'honneur.

Mis à la retraite en avril 1914, à la suite d'une campagne de presse, Vandenberg est rappelé en août 1914 et promu Général de Brigade en décembre 1914. 
Vandenberg est jugé trop humain au début du conflit. Il est rapidement évincé car refusant les sacrifices inutiles. Il redemande aussitôt un commandement et prend celui d'une brigade du corps expéditionnaire des Dardanelles. Il y sera grièvement blessé en mars 1915 et restera en convalescence pendant six mois.

De 1916 à 1918, il se retrouve à la tête d'une brigade lors de la bataille de la Somme où il tisse des liens avec les Généraux Foch et Weygand. Il est promu Général de Division en mars 1917.

Sous son commandement le 10ème Corps d'Armée connaît des victoires en 1918 et lorsque survient l'armistice et la libération de l'Alsace, il se trouve à Bruyères dans les Vosges.

 
En novembre 1918 il est installé à Barr villa Simon rue de la poste où il résidera pendant 10 mois.

A la tête du 10e Corps d’Armée en novembre 1918, le Général conduit ses régiments à Strasbourg pour escorter les grands chefs d'armée.

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Photo équestre du Général Vandenberg à Strasbourg

Sa rencontre avec Charles Spindler

Le 29 décembre 1918, le général, «criblé de blessures, il a perdu une partie de sa langue et une fesse», se rend à Saint-Léonard, chez Charles Spindler dont il connaît la réputation. 


Ce dernier l’avait admiré lors de l’entrée triomphale à Strasbourg du général Pétain le 25 novembre : «J’avais été frappé de la grâce qu’il avait déployée sur son cheval, saluant de son épée tout le monde, au point que chacun des spectateurs s’était cru l’objet de son attention».

 
Le 30 décembre, Spindler se rend à Barr, chez ses amis les tanneurs Degermann, où il apprend que 110 officiers français sont logés chez des particuliers et que «tous les jours, il y a une autre fête».


Le 25 janvier 1919, l’artiste rend visite au général pour lui remettre une marqueterie commandée par «les dames de Barr». 


Ce qui le frappe, c’est la volonté du général Vandenberg de pénétrer la mentalité de toutes les classes de la société. Pas seulement de la bourgeoisie locale qui lui fait la cour. 


Ce souci de mieux s’imprégner des sentiments de la population, le général le réitère lors de deux visites à Saint-Léonard, le 31 juillet et le 5 septembre 1919. Il estime qu’il faut tenir compte du particularisme régional et procéder au retour à la France par étapes : «Les Alsaciens ont tellement souffert qu’il faut user envers eux de la plus grande douceur».


Aussi regrette-t-il amèrement d’être obligé de «quitter ce beau coin où je laisse la meilleure partie de mon cœur»
 

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Le Général Vandenberg devant la villa "Les Lilas" à Barr

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Le maréchal Foch entre dans Strasbourg

(à sa gauche le Gal Vandenberg)

La fin de sa carrière militaire

Sa division est envoyée à Rennes. Il ne la suit pas et conserve le vague espoir de rester en Alsace. Finalement, il est muté à Wiesbaden, près de Mayence, à la tête du 30e Corps d’armée de l’Armée du Rhin en occupation.

 

Le dernier contact entre les deux hommes est un carton d’invitation à un bal au palais impérial de Wiesbaden, le 10 janvier 1920 : la distance (environ 250 km) et la rareté des moyens de locomotion empêchent le couple Spindler d’y participer.

En mai 1922, Vandenberg réside à l' Hôtel Dassier des Brosses à Confolens, et du 27 juin 1924 au 13 janvier 1925, atteint par la limite d'âge, il est nommé gouverneur du Grand Liban par le Général Weygand.
 

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Le général à Séléstat pour l'arrivée du 31e Bataillon de Chasseurs

Sa retraite

Lors de son départ à la retraite en août 1927, Philippe Pétain (lui aussi de la promotion Plewna à Saint-Cyr) lui remet la grand-croix de la Légion d'honneur.
Le Général se retire à Antibes pour se consacrer à l'étude et à la charité.
Devenu aveugle, il y décède le 14 janvier 1942 à l’âge de 84 ans, en son domicile sis Villa "Le Rhin", boulevard James-Wyllie.

 

Sources : Wikipédia
Souvenirs de Charles Spindler
Ville de Barr

Vandenberg Joffre Mangin Wiesbaden 1919.

Vandenberg accueille Joffre et Mangin à Wiesbaden

Album BARR 1919

 

Les victimes de la Grande Guerre

par Christian SCHMITTHEISLER 

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Le monument aux morts inauguré le 25 mai 1922

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Le monument du cimetière catholique

Il est difficile d'établir une liste exhaustive des victimes barroises de la Grande Guerre, mais à l'occasion du 50e anniversaire de l'armistice de 1918, la Mairie de Barr avait organisé une petite cérémonie en mémoire de tous ceux qui ont péri sur les champs de bataille de France et du front de l'Est et pour honorer ses anciens combattants.

Nous reproduisons ici, le texte intégral de l'article paru à ce sujet dans le Journal de Barr du 7 décembre 1968.

Ceux qui n'ont pas pu être présents....

 

La semaine dernière, une petite cérémonie simple mais très agréable a eu lieu dans la salle de réception de la mairie. M. le Maire Louis KLIPFEL a remis à une soixantaine d'anciens combattants du front de 1914-18 la médaille commémorative offerte par le département à l'occasion du 50e anniversaire du 11 novembre 1918. 
Ils n'y étaient certainement pas tous, car la liste des combattants de première ligne éligibles a été demandée un peu à la hâte et ne pouvait donc pas être complète.


En outre, toutes les personnes invitées n'ont pas pu venir elles-mêmes pour diverses raisons, sinon il y en aurait eu bien plus de 70. Mais il était néanmoins très agréable de constater qu'il y avait encore une soixantaine de personnes âgées, toutes septuagénaires ou presque, car la dernière classe d'engagés à cette époque était celle de 1900. Et tous étaient visiblement heureux de ce petit geste d'une part et d'autre part de revoir tel ou tel ancien camarade.

 
A cette occasion, un participant à cette petite fête nous a apporté un extrait d'un vieux "Barrer Kantonsblatt" et nous ne pouvons nous empêcher de nous souvenir de ceux qui n'ont pas pu être présents ce soir-là et qui ont dû donner leur vie dans cette terrible guerre. Nous sommes donc heureux de reproduire cet extrait, car il est sûr que certains noms peuvent être très bien mentionnés et qu'ils sont donc également inclus dans cet hommage. 

"Liste des hommes de Barr morts ou victimes

de la guerre mondiale 1914-18".
 

Tombés dans l'armée française : 16

Bechdolf Henri, Beller Albert dit Barrier, Deppen Georges, Gerber Auguste, Grabenstaetter Eugène, Grucker Jules, Hils Eugène, Kommer Henri, Mauller Emile, Oberle Joseph, Raehm Eugène, Rehberger Emile dit Berger, Roth Charles dit Buchel, Roeder Henri dit Lefèvre, Schirardin Charles dit Hector, Woerli Jean (16 au total).
 

Tombés sous l'uniforme allemand : 126

Anstett Charles, Arnold Charles, Aubert Edouard, Aubert Gustave, Aubertin Henri, Aubry Albert, Barthelmé Charles, Baumhauer Charles, Baumhauer Paul, Bechdolff Frédéric, Beller René, Bitterlin Albert, Brenner Adolphe, Brenner Charles, Brenner Paul-Emile, Bronner Robert, Burgard Charles-Jules, Burgard Henri, Burgard Emile, Dangel Victor, Diehl Charles, Dietrich Eugène, Dietz André, Dietz Henri, Dock Charles, Dontenville Edouard, Dontenville Henri, Eber Charles, Ebersold Henri-Jacques, Faudy Ernest-Emile, Fellner Emile, Fischer Jean, Frey Georges, Friederich Eugène, Friederich Guillaume, Ganstert Jules, Garland Albert, Gerber Henri, Grabenstaetter Charles, Grabenstaetter Henri, Gsell Eugène, Guthmann Paul, Haensler Albert, Haller Adolphe, Haller Charles, Heibel Auguste, Hein Jean, Heintz Georges, Herbst Joseph, Herrmann Auguste, Heywang Charles, Hild Edmond, Hilger Adolphe, Hoffmann Edouard, Hoffmann Henri, Hoffmann Henri, Holzer Charles, Huchelmann Joseph-Eugène, Janosch Paul, Jehl Jules, Jost Louis, Jund Charles, Kastler Auguste, Killian Alfred, Klein Henri, Koestler Georges, Kolb Alfred, Krebs Charles, Ledig Joseph, Lehner Charles, Lehré Edouard, Levy Eugène, Liesegang Albert-Fréd. , Lotz Jean, Marth Frédéric, Meyer Eugène, Meyer Joseph, Miss Charles, Mock Charles, Mock Geoffroy, Moerschfelder Auguste, Muller Ernest, Mutschler Joseph, Merkle Auguste, Neuhauser David, Neumann Alfred, Neumann Rodolphe, Offenburger Henri, Philippe Louis, Pfleger Emile, Poppe Henri, Raisslé Emile, Reibel Henri, Roeder Charles, Sattler Jules, Chaf Georges, Schmitthenner Charles, Schneider Henri, Schneller Alfred, Schoch Gustave, Schroeder Eugène, Schubhan Adolphe, Schwartz Emile, Schwartz Jean, Specht Henri, Stengelin Charles, Thomas Ernest, Uhlmann François, Urlacher Charles, Utz Eugène, Wach Adolphe, Wechsler Adolphe, Wessner Emile, Wetzler Charles, Willm Edouard, Windesheim Charles, Windesheim Edouard, Winter Frédéric, Wirth Frédéric. Wittersheim Georges, Wolff Charles, Wolff Edouard, Wolff Marcel, Walter Willy, Zimmer Frédéric (total 126).

Nos recherches

Cet article nous a incités à poursuivre les investigations afin d'établir un bilan aussi complet que possible des conséquences de ce terrible conflit. Pour étayer nos recherches, nous avons consulté le site Mémoire des Hommes et l'index des décès militaires de l'armée française, les registres d'état civil et les Verlustlisten de l'armée allemande.

 

Elles nous ont par ailleurs permis d'identifier quelques victimes des combats qui se sont déroulés en 1914 aux alentours de Barr, notamment au col de la Charbonnière et des soldats français en convalescence à Barr en 1919.

Le recensement que nous avons effectué nous a permis de relever :

  •   44 Barrois morts ou disparus dans l'armée française

  • 135 Barrois morts ou disparus sous l'uniforme allemand

  •  21 Résidents à Barr nés dans des communes voisines morts sous l'uniforme allemand

 

Ce premier bilan est proche du chiffre de 191 victimes avancé par le Dr Krieg dans l'une de ses publications.

Les Verlustlisten de l'armée allemande nous apprennent aussi que 168 Barrois ont été blessés ou faits prisonniers durant ces 4 années de guerre.

 

On peut donc estimer sans grand risque d'erreur, que près de 10% de la population barroise a été directement impliquée dans ce terrible conflit.

A ce bilan, il convient d'ajouter les 3 civils de Bellefosse et Belmont emprisonnés à Barr et fusillés à Gertwiller en 1914. 

Nous avons aussi relevé que :

  • 2 soldats français sont morts à l'hôpital de Barr pendant le conflit et 9 au Lazaret du Collège après l'armistice.

  • 8 soldats allemands sont morts à l'hôpital de Barr

En 1922, la Municipalité a fait ériger un monument aux morts dédié "aux enfants de Barr morts à la Guerre" sur une placette située devant l'hospice.

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La plaque nominative des soldats "Morts pour la France":

Le soldat Calomine du 1er Bataillon de Chasseurs Alpins est mort des suites des blessures subies à la Charbonnière.

Le soldat Loustalet-Pouyet est mort des suites de ses blessures à "l'ambulance 4/10" de Barr. 

Tous les autres sont des Barrois qui ont combattu dans l'armée française.

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Marine Impériale - SM "Airship L 19"
Listes des pertes de la marine impériale

Heinrich SPECHT 03/06/1884 - 02/02/1916


Le dirigeable L 19 qui volait dans le brouillard au-dessus des Pays-Bas a été touché par la flak et si gravement endommagé qu'un atterrissage d'urgence sur l'est de la mer du Nord était inévitable.

L'épave a dérivé sur l'eau pendant encore deux jours. Le chalutier de pêche anglais "King Stephen" a refusé de prendre l'équipage, qui a ensuite trouvé la mort en mer.

Le Monument aux Morts

Après la guerre de 1914-18, Barr eut aussi son monument aux victimes. Le 6 avril 1920, le Conseil Municipal décida de nommer une Commission en vue de faire ériger un monument aux morts en mémoire des Barrois morts pendant la Grande Guerre.

Celle-ci comprenait MM. Jules Degermann, Auguste Ledig, Méon, Alfred Moïse, Ponton, Reihle, Taufflieb et Elie Weill.

 

En janvier 1921 le nouveau Maire (Le maire Dr Hecker était décédé en avril 1920) lança un appel; on parlait de 150 victimes de guerre.

Dès le mois de février, le Conseil Municipal approuva le projet du monument qui serait une stèle arrondie au sommet, en grès rose, portant le blason de Barr et qui prendrait place dans l'enclos de l'hôpital, sur la rue.

 
Les discussions furent nombreuses et houleuses, tant sur le choix de l’emplacement que sur la réalisation d’un enclos clôture en grilles ou en chaînes autour du monument. Finalement les chaînes furent retenues et il fut décidé que les noms des victimes ne figureraient pas sur le cénotaphe.


Des manifestations aidèrent la souscription, comme le concert donné en mars 1921 par l'Union Musicale et la Chorale de Barr avec la participation de solistes (Renée Mathis de Sélestat, Alfred Haas de Barr).

De son côté, le journal local publia en août la liste nominative des victimes : 191, dont 4 israélites et 28 militaires de l'armée française.


L'inauguration eut lieu le Jour de l’Ascension, 25 mai 1922. Après les offices religieux le matin, un cortège se déploya l'après-midi au son des cloches, conduit par les personnalités : le préfet du Bas-Rhin, Borromée ; le sous-préfet de Sélestat, Bastier ; le maire Baumhauer et ses adjoints Ledig et Taufflieb.

 

On entendit des chœurs et récitations par l'Ecole Primaire Supérieure de Jeunes Filles et des discours. Le maire parla d'abord, en français et en dialecte. D'un commun accord les représentants des cultes parlèrent en allemand : C'étaient le pasteur Uhlhorn, le curé-doyen Vogel, le rabbin Dr Bloch. Puis le général en retraite Schwartz un Barrois, parla au nom de l'Armée, avant le Préfet qui vint le dernier, conformément au protocole.


Une collation fut servie aux personnalités, aux représentants des associations et des cultes et aux vétérans de la guerre de 1870 dans la salle des fêtes de la Couronne. 

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L'importante cérémonie d'inauguration du Monument aux Morts le 25 mai 1922. A droite, on reconnait le Maire Baumhauer avec son écharpe tricolore.

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Le Monument entouré de ses chaînes et l'Hospice tels qu'ils se présentaient jusqu'en 1940. 

Le Monument est dédié "Aux enfants de Barr morts à la Guerre" pour rendre hommages aux victimes des guerres de 1870 et de 1914-18, sans distinction d'uniforme.

Source Journal de Barr : André STEHLE 1971