Jules BOSSERT (1864-1941)
Industriel producteur et distributeur d’électricité 

par Christian SCHMITTHEISLER 

Histoire d'un Barrois expatrié en Franche-Comté

Jules Bossert 

Né le 13 mars 1864 à Barr est le fils cadet d’Eugène Gottfried Bossert, fabricant de chaussons et maire de Barr (nommé par le Gouvernement de 1871 à 1881) et de Marguerite Diemer de Waltenheim-sur-Zorn. 

 

Le 4 octobre 1890, en mairie de Strasbourg, il épouse Marie Rufenacht (1867-1939) de Strasbourg et dont la famille est originaire de Thun, Canton de Bern en Suisse.

 

De leur union naîtront quatre enfants.
Jean Geoffroy né le 30/08/1891 à Barr, décédé le 11/05/1898 à Faverney
Jacques Edouard Bossert né le 21/06/1894 à Faverney, ingénieur électricien, décédé le 13/08/1948 à Saint-Vit
Jules René Bossert né le 13/09/1897 à Faverney, décédé le 19/08/1898 à Faverney


Marguerite Julie «Suzanne» née 20/06/1900 à Faverney, décédée le 15/10/1962 à Saint-Vit

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Faverney


Jules Bossert débute sa carrière dans l’usine familiale dirigée par son père avant d’entreprendre ses propres activités industrielles vers 1892 à Faverney (Haute-Saône) où il exploite la manufacture «Bossert Frères» spécialisée en bonneterie et articles fourrés laine dits «chaussons de Strasbourg».

 
Durant leur séjour en Haute-Saône, les époux optent pour la nationalité française. En 1898, ils ont la douleur de perdre deux de leurs fils Jean Geoffroy et Jules René en l’espace de trois mois.

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La manufacture Bossert Frères de Faverney

Saint-Vit

 

En 1905, Jules Bossert fait l’acquisition d’un moulin à blé datant de 1498, reconstruit vers 1868.
Avec le concours de son beau-frère Ernest Edouard Rufenacht, commerçant au Havre, il créé la société Bossert-Rufenacht et Cie et fait transformer le « Moulin du Pré » à Saint-Vit (Doubs) en centrale hydroélectrique.

 

Deux turbines de fabrication artisanale sont installées dans le moulin et une machine à vapeur Boulte de 80 ch Lanz (Mannheim, Allemagne) dans l'aile sud (ancienne huilerie) avec ses chaudières dans un bâtiment neuf distinct.

 

Une deuxième machine à vapeur Sulzer de 225 ch avec 2 chaudières Boulte-Larlodière et Cie (Aubervilliers, Seine-Saint-Denis) est mise en place en 1913 et un deuxième bâtiment construit à l'ouest, ainsi qu'une cheminée en brique, pour accueillir les chaudières et stocker le charbon.

Hormis la production et la distribution d’électricité, la firme Bossert imagina aussi un service de vente des différents appareils et machines nécessaires dans les exploitations agricoles auxquelles il fournissait aussi le courant de force nécessaire à les alimenter.
En 1909, les Bossert et leur fille «Suzanne», habitent au hameau des Paluds proche de la centrale. Ils emploient Marie Peter une cuisinière alsacienne et Marie Leroux, domestique.


Leur fils Jacques Edouard est mobilisé et incoporé dès le 1er septembre 1914 alors qu’il est étudiant à l’école Breguet rue Falguière à Paris, spécialisée dans l'enseignement de l'électricité.
Durant toute la Grande Guerre, il est successivement affecté comme soldat de 2e classe à différents régiments du génie avant d’être démobilisé en octobre 1919. 

 

Il se marie le 24 novembre 1919 à Paris avec Georgette Emilie (Mimi) Koenig dont il aura cinq fils et une fille.
Dès 1920, le couple s’installe au hameau des Paluds et Jacques exerce la profession d’ingénieur-électricien dans l’usine hydro-électrique de son père. 

 

En 1928, la centrale équipée vers 1920 d’une 3e turbine (à chambre d'eau semi-pneumatique) placée dans l'aile nord et modifiée par Citroën (engrenages), est achetée par la Cie l'Energie industrielle qui sera ensuite intégrée à la société des Forces motrices de la Loue, devenue société des Forces motrices de l'Est puis nationalisée en 1946.

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Arbois


En 1914, la ville d’Arbois cherche à résoudre le problème de l’éclairage public. Le projet est confié à Jules Bossert, directeur de la compagnie électrique de Franche-Comté (CEFC) qui choisit l’électricité hydraulique, avec construction d’un barrage et d’une centrale.


Celle-ci sera construite à l’emplacement du moulin des Terreaux, au pied de l’église Saint-Just. 
Il fallait aussi aménager le bassin de retenue et augmenter la puissance de la chute. Pour cela, la CEFC rachète les droits d’exploitation d’eau du lapidaire Joseph Collomb et du moulin Graby.

Une conduite forcée d’une longueur de 120 m et de deux mètres de diamètre est installée sur la rive gauche de la Cuisance, passant sous le pont Saint-Just. Elle sert à alimenter en eau, les 3 turbines de la centrale hydroélectrique. La chute d’eau cumulée obtenue est de 11 mètres, avec un débit moyen annuel de 3 m³ /seconde. Freinés par la guerre de 1914-1918, ces travaux seront terminés vers 1920.

La ville réglait en premier le problème de l’éclairage public qui était gratuit pour elle, la société Bossert se rattrapant sur les particuliers. L’usine est rachetée par Électricité de France, lors de la nationalisation en 1946.

Audelange


Parmi ses autres réalisation, la Compagnie Electrique de Franche Comté, dirigée par Jules Bossert, loue en 1928 le droit d’eau d’une ancienne scierie et d’une minoterie à Audelange (39) pour construire une centrale en échange de la fourniture de courant gratuite pour le moulin. Nationalisée en 1946 elle est abandonnée par EDF vers 1973.


Le choc pétrolier de 1973 et 1974, puis la hausse du coût de l’électricité, a incité les propriétaires du moulin à réactiver les trois turbines pour les besoins de la minoterie adjacente. En 2008, est venu le temps de la rénovation, afin de produire davantage d’électricité verte, désormais revendue à EDF.

 

La centrale produit l’équivalent de la consommation annuelle de 1 400 foyers, sans le chauffage. 

Jules Bossert s’était entouré de collaborateurs compétents et dévoués qui lui ont permis de bâtir un important réseau de distribution électrique qui comprenait les centrales de Saint-Vit, du moulin d’Aranthon (entre Routelle et Osselle), de Mathenay, d’Avilley et de Brussey.

 

Lorsqu’il céda la Compagnie Electrique de Franche-Comté en 1928, son réseau couvrait 320 communes et employait 200 salariés.

 

Jules Bossert, bien connu des anciens Saint-Vitois a profondément marqué ce territoire de Franche-Comté de son empreinte.

 

Devenu veuf en 1939, il s’est éteint le 27 mai 1941 à Saint-Vit après une vie bien remplie.

(Sources : Etat civil – Recensements de 1909 et 1920 - Patrimoine architectural (Mérimée) – journal Le Progrès)
Jules Bossert né le 13 mars 1864 Barr– décédé le 27 mai 1941 à Saint-Vit

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