Le Docteur Charles SULTZER (1770-1854)
Médecin Cantonal

par Christian SCHMITTHEISLER 

Charles Michel Sultzer est né à Strasbourg le 15 avril 1770 de Jean Michel Sultzer, serrurier et de Marie Madeleine Drouel. Il est élève du collège épiscopal d’où il sort lauréat peu avant 1789. 
Après ses études il entre comme novice au couvent des bénédictins de Marmoutier, dont son oncle est prieur.


Après quelques mois il retourne dans le monde et assiste le chirurgien en chef François-Laurent Marchal (1748-1814), qui exerce à l’hôpital de Strasbourg. 
A l’époque, l’art chirurgical ne nécessitait nullement des études médicales universitaires. Il effectue sa formation médicale et chirurgicale à l'Hôpital de Strasbourg. 

Ses études

A la Révolution, il est nommé chirurgien aide major dans un bataillon de la Garde Nationale de Strasbourg. 
Lorsque fut créée l’École de Santé de Strasbourg (14 frimaire an III, 4 décembre 1794), chaque district de la région de l’Est reçut la mission de désigner un élève pour l’Ecole, lequel devait «porter dans son cœur l’amour de la liberté, la haine des tyrans et un entier dévouement à la République». 
Charles Michel Sultzer est en 1794-1795 l’élève à l’École de santé désigné par le district de Strasbourg, choisi par une commission de trois membres, composée des professeurs Thomas Lauth, Jean-Jacques Spielmann et Jean-Louis Tinchant. 


Après avoir tenté de participer à une expédition militaire que le Directoire envisageait de monter contre les Indes anglaises, Sultzer termine ses études médicales le 15 messidor an IX (4 juillet 1801), par une thèse : Dissertation renfermant la description d’un ver nouveau contenu dans le canal intestinal humain. Cependant le doyen honoraire Callot a établi plus tard que ledit ver nouveau, le «Bicorne rude», était en fait un simple débris végétal.

Un intérêt marqué pour les sciences naturelles, l’amène également à assister un de ses maîtres, le célèbre naturaliste strasbourgeois Jean Hermann, dont il réalise une partie des dessins qui illustrent ses descriptions botaniques et zoologiques.

Le médecin praticien

Après son installation à Barr en 1803, il épouse Anne Marie Thomas le 28 juillet 1804 (19 Messidor an XII). Aucun enfant ne sera issu de cette union, mais les époux accueilleront à leur domicile la mère, puis la nièce du Docteur Sultzer, Sophie Julie Sultzer, qu’ils élèveront comme leur enfant.

 

Le Docteur se consacre sans compter à une nombreuse patientèle et selon les cahiers qu’il tient méticuleusement, son activité recouvre près de 60 communes. Selon l’usage en vigueur à l’époque, le montant de ses honoraires varie en fonction du déplacement et de la situation sociale du malade.


Dans ce Journal de visites, apparaît aussi, de façon concrète, tout un monde de petites gens, de petits métiers d’un assez large secteur d’Alsace qui constitue un témoignage vivant et précieux des maladies et du tissu social de l’époque.
D’origine modeste, il tient consciencieusement le compte de ses recettes médicales, des loyers qu’il perçoit ainsi que de ses dépenses.


En homme cultivé et passionné de botanique, il consacre une bonne partie de ses disponibilités à la constitution de sa bibliothèque, à l’entretien de son jardin et aux voyages. La fortune qu’il s’est constituée en gestionnaire avisé, lui permet de consentir des prêts à un taux d’intérêt variant de 4 à 5%.

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Charles Michel SULTZER

Docteur en philosophie et médecine

Médecin des épidémies pour l'arrondissement de Sélestat et Médecin cantonal de Barr

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La dissertation du Dr Sultzer à propos du "Bicorne rude"

Le médecin cantonal

En 1810, il devient médecin cantonal de Barr et d’Obernai et médecin des épidémies de l'arrondissement de Sélestat. 
La médecine cantonale avait en charge la médecine des pauvres et les praticiens les plus désintéressés étaient sollicités pour en faire partie afin que les indigents désignés par les bureaux de bienfaisance puissent être soignés gratuitement.

 

Décrit comme dévoué, consciencieux et infatigable, son activité déborde largement du cadre du canton qui lui était assigné. Il assure par ailleurs six tournées annuelles dans chacune des communes du canton.
C’est un fervent défenseur de la vaccination contre la variole qu’il dispense lors de séances de vaccinations hebdomadaires organisées à la Maison Commune.


Il est membre de l’Académie Royale de Paris et correspondant de nombreuses sociétés savantes. 
En 1829, Sultzer est nommé agrégé à la Faculté par le pouvoir royal mais il décline ces fonctions. Il demeure professeur agrégé libre de la Faculté de Médecine de Strasbourg.

L'expert anatomiste

Le Docteur Sultzer est à plusieurs reprises sollicité en qualité d’expert-anatomiste. 
Les expertises anatomiques et anthropologiques les plus exceptionnelles qu’il réalise sont celles des ossements de Sainte-Odile en 1836 et 1841 et de Sainte-Richarde en 1841. 

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La maison à colonnes du Dr Sultzer

Son testatement

Touché par le décès de son épouse le 5 mars 1853, et en l’absence de descendance directe, le Dr Sultzer prend ses disposition testamentaires. 


Il laisse de nombreux legs dont les plus importants reviennent à la maison des orphelines de Ste-Barbe à Strasbourg (10000 Frs.), à sa nièce Sophie 15000 Frs.) et à la Ville de Barr pour la construction d’un hôpital (24000 Frs.). Son vœu sera réalisé en 1867 par la construction de l’Hospice devenu aujourd’hui EHPAD Marcel Krieg.


L’ensemble de ses legs s’élève à la somme considérable de 65000 Frs et il laisse en outre une importante et précieuse bibliothèque d’ouvrages de botanique annotés de sa main.

 

Atteint par la maladie, il reste fidèle au serment d’Hippocrate en exerçant ses fonctions jusqu’à quelques jours de sa mort qui survient le 30 juillet 1854 à son domicile de la rue de la Lime (aujourd’hui rue Sultzer)

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Pour honorer son généreux donateur, la Ville fera ériger un monument réalisé par le sculpteur Feuerstein au cimetière protestant.


Sur son socle, on peut lire :


A CHARLES SULTZER
MEDECIN CANTONAL
CHEVALIER DE LA LEGION D’HONNEUR
AU SAVANT, A L’HOMME DE BIEN
LA VILLE DE BARR RECONNAISSANTE
DECEDE LE 30 JUILLET 1854

Le monument érigé en sa mémoire par la Ville de Barr

Sources :

Ville de Barr

Annuaire 1968 de la Société d'histoire et d'Archéologie de Dambach la Ville - Barr - Obernai