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Michael et Jacobea se marient à Barr, le 26 juillet 1821

Philippe SCHULTZ

Sources : collection privée

Zwei Herzen unter einem Hut (deux cœurs sous un même chapeau)

*Informations: Livre des Familles du Piémont des Vosges (association de généalogie) · Transcription et traduction établies d'après le manuscrit original en écriture Kurrent, 1821 · Document conservé en collection particulière

Un document qui traverse les siècles

Il est des objets que le temps épargne par miracle. Ce faire-part de mariage manuscrit, daté du 26 juillet 1821, en est un bel exemple. Rédigé en allemand dans l'écriture Kurrent — cette graphie cursive en usage dans les pays germaniques jusqu'au début du XXe siècle —, le document se présente sous la forme d'un poème de noces en douze strophes, élaboré avec soin et orné d'un dessin d'en-tête d'une délicate facture.

Au sommet de la feuille, un haut-de-forme coiffe deux cœurs enflammés enlacés par une chaîne, encadrés de rameaux d'olivier croisés. La devise inscrite en gothique soigné donne d'emblée le ton : Zwey Herzen unter einem Hut / Ist des Ehstands höchstes Gut — « Deux cœurs sous un même chapeau, voilà le bien suprême du mariage. »

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Le choix de ce motif n'est pas innocent. Michael Birel, le marié, est chapelier* ; Johann Michael Lindimmer, père de la mariée, l'est également. Gersdorf, tailleur de son état et homme du métier de l'habillement, ne pouvait l'ignorer. Ce haut-de-forme qui trône au sommet du document est donc bien plus qu'un ornement : c'est un clin d'œil malicieux et affectueux, adressé à une famille qui vivait du chapeau. L'humour discret d'un ami qui connaît les siens.

Michael Birel et Jacobea Lindimmer*

Michael Birel, chapelier, est né le 21 février 1784 à Landau (Allemagne). Il est le fils de Joseph Birel et de Maria Catharina Holtz. Jacobea Lindimmer est née le 4 juin 1798 à Barr. Elle est la fille de Johann Michael Lindimmer, chapelier, et d'Anna Maria Ott. Ce 26 juillet 1821, ils s'unissent à Barr. De ce mariage naîtront deux enfants : Michel, le 9 décembre 1822, qui exercera lui aussi le métier de chapelier, et Caroline, le 20 octobre 1828.

Ni Michael Birel ni Jacobea Lindimmer n'apparaissent dans le cadastre de 1835 — ce qui permet de supposer qu'ils étaient locataires, sans bien propre répertorié. Leur trace dans les archives se limite pour l'essentiel à ce que les registres d'état civil ont bien voulu retenir.
 

L'auteur : Christian Wilhelm Gersdorf père

Le poème est signé avec une touchante modestie : humblement dédié par son ami et voisin, Christian Wilhelm Gersdorf père. Tailleur de son état, né vers le 13 septembre 1750 à Schwarzenberg (Allemagne)* et décédé le 12 avril 1836 à Barr*, il est le fils de Gottfried Gersdorf et de Susanna Regina Weigel, et l'époux de Maria Salome Reichard*.

La mention père le distingue de son fils homonyme — usage courant dans les familles alsaciennes et rhénanes de l'époque. Tailleur côtoyant chapeliers au quotidien, Gersdorf évoluait dans le même milieu artisanal que les Birel et les Lindimmer, ce qui explique sans peine l'amitié et le voisinage dont il se réclame. C'est un homme du bourg, cultivé et sensible, qui compose en allemand soigné ce poème nuptial orné pour ses voisins — un geste d'amitié qui, deux siècles plus tard, nous est parvenu intact.

Le poème

En douze strophes, Gersdorf tisse les grands thèmes du poème nuptial : la volonté divine qui préside à l'union, la paix et la sérénité du foyer à venir, mais aussi le souvenir ému des épreuves traversées. Plusieurs strophes évoquent une mère qui a élevé seule ses enfants après la perte prématurée du père — allusion touchante à l'histoire familiale de la jeune femme, à laquelle l'auteur rend un hommage sincère.

Le ton alterne avec naturel entre gravité pieuse et chaleur conviviale.

En guise de conclusion

Ce faire-part est, à notre connaissance, la seule trace tangible qui nous soit parvenue du début de cette vie commune. Michael Birel décède à Barr le 15 janvier 1841*, laissant deux enfants encore jeunes. Leur fils Michel deviendra chapelier comme son père. Quant à Jacobea, la date de sa disparition reste inconnue.

Gersdorf, lui, n'aura pas vu vieillir le couple qu'il avait célébré avec tant de soin — il disparaît en 1836*, cinq ans avant Michael. Son poème, en revanche, a traversé deux siècles. On ne saura jamais si cette union a répondu aux vœux qu'il y avait exprimés, mais le document lui-même est une belle réponse à l'oubli.

I
Darum, es ist der Gottheit Wille,
Daß ich als Freund jetzt hier muß sagen;
Wo ich in häuslicher Stille
Mich hier eures Bundes freuen!

II
Der Himmel gab euch stets den Segen
Und schloß das Schloß der Liebe zu
Daß ihr auf allen euren Wegen
Beyde ungestört in Friedensruh.

III
Obschon des grausen Schicksals Sense
Dir Theure deinen Vater früh geraubt,
Wo deine Mutter in heißen Trauerzähren
Auf euch ihr Kinder hingeschaut !

IV
Wo sorgenvoll sie war gezwungen
Zu nähren euch auf dieser Lebensbahn,
Doch ists mit Gottes Hülfe es doch gelungen
Daß jetzt erzogen euch sie freudig sehen kann !!

V
Denn sie that, so getreu ihr Mutterpflichten
Dies sage ich heut mit frohem Laut !
Thut solches einstens auch verrichten
Ihr Bräutigam und Braut.

VI
Und thut der besten Mutter einst vergelten
Was sie auch bisher Guts gethan
So wird der schöpfer aller Welten
Sanft leiten eure Lebensbahn !!!

I
[Eh bien], c’est la volonté de la Divinité
Que je sois ici aujourd’hui en ami ;
Là où, dans un recueillement solennel,
Je [puis] me réjouir de votre union !

II
Que le Ciel vous donne toujours sa bénédiction
Et ferme le cadenas de l’amour,
Afin que sur tous vos chemins
Vous demeuriez, sans trouble, dans la paix du repos.

III
Déjà la faux du cruel destin
T’a, chère, ravi ton père de bonne heure,
Tandis que ta mère, en brûlantes larmes de deuil,
Posait les yeux sur vous, ses enfants !

IV
Combien soucieuse elle fut contrainte
De vous nourrir sur ce chemin de la vie ;
Pourtant, avec l’aide de Dieu, elle y est parvenue,
Si bien qu’elle peut aujourd’hui vous voir élevés, avec joie !!

V
Car elle a accompli si fidèlement ses devoirs de mère,
Je le dis aujourd’hui d’une voix joyeuse !
Puissiez-vous un jour en faire autant,
Vous, le mari et la femme.

VI
Et rendez un jour à la meilleure des mères
Tout le bien qu’elle vous a fait jusqu’ici ;
Alors le Créateur de tous les mondes
Conduira doucement votre chemin de vie !!!

VII
Ich wünsche nun von ganzem Herzen,
Euch lieben jungen Eheleut
Daß fern von Trübsal, Quaal und Schmerzen
Sey euer Ehstand allezeit !

VIII
Der Gott so stiftete die Ehe
Als Adam er verlassen sah
Ihm Eva schuf zur Seit zu geben
Daß frisch und froh sie sey ihm nah !

IX
Dann wollen wir jetzt froh heut trinken
Vom edlen guten kühlen Wein,
Bis wir vor Freud zu Boden sinken,
Und ihr steigt froh ins Ehbett ein !

X
Wo Dank wir dann den Schöpfer geben
Der alles alles edel that,
Vernunft zur treue Lieb gegeben,
Bestimmt zu höherem Beruf !!

XI
Dann leben alle Hochzeit Gäste
Mit den Verbundnen allzumal,
An diesem heut’gen Hochzeit Feste
Gott mehre durch sie der Menschheit Zahl.

XII
Daß wenn neun Monden sind vergangen
Man bringt schon ein lieben Sohn,
Der wird als Engel hier schon prangen
Und seyn soll euer Liebe Lohn !

VII
Je vous souhaite à présent de tout cœur,
Chers jeunes époux,
Que, loin de l’affliction, du tourment et des douleurs,
Votre mariage demeure en tout temps !

VIII
Ce Dieu institua le mariage
Lorsqu’il vit Adam délaissé,
Et lui créa Ève pour marcher à son côté,
Afin que, fraîche et joyeuse, elle fût près de lui !

IX
Buvons donc à présent avec joie
De ce bon vin noble et frais,
Jusqu’à ce que, de joie, nous tombions à terre,
Et vous, montez joyeux dans le lit conjugal !

X
Rendons alors grâce au Créateur,
Qui fit toute, toute chose avec noblesse,
Qui a donné la raison à l’amour fidèle,
Destiné à une plus haute vocation !!

XI
Vivent donc tous les invités de la noce,
Avec les époux, tous ensemble,
À cette fête nuptiale d’aujourd’hui ;
Que Dieu accroisse par eux le nombre des humains.

XII
Que, lorsque neuf lunes auront passé,
On apporte déjà un cher fils,
Qui resplendira ici tel un ange
Et sera la récompense de votre amour !

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